Réduire la quantité, ce n’est pas augmenter la qualité

Date 19/02/2013 15:06:42 | Sujet : Lu pour Vous

Soucieux de la transmission des savoirs par le biais de la pédagogie traditionnelle ou innovante, les acteurs des débats éducatifs oscillent entre soutient aux mesures de réduction horaire et fort scepticisme. Revue de détail.

La réduction des horaires va-t-elle raviver la guerre scolaire ? Rien n’est moins sur. D’une part, parce que la caution « républicaine » de l’agrégé de lettres n’a pas encore été entamée, rebours des saillies du géochimiste qui chapitrait les lobbys disciplinaires depuis la Rue de Grenelle. D’autre part, parce que la redistribution des heures aux plus défavorisés séduit une partie du corps enseignant. Cela dit, la diminution irréfléchie des heures de cours inquiète les leaders d’opinion de l’éducation, « pédagogues » comme « républicains »,
Les Cahiers pédagogiques autant que Sauver les lettres. A qui va profiter cette réduction ? A ceux qui ont besoin de soutien ou aux élèves qui disposent déjà des moyens de leur propre remédiation ? Ne faudrait-il pas travailler plus efficacement et réorganiser le temps scolaire, plutôt que l’amenuiser ?

Professeure d’histoire-géographie dans un collège de banlieue, auteure avec Eve Bonivard de L’Ecole sous influence (Audibert, 2005), Barbara Lefebvre ne voit pas d’inconvénient à une réduction des horaires en primaire. « En finir avec l’école du samedi et concentrer moyens et heures gagnés sur les cinq à six élèves les plus en difficulté me parait une bonne idée », déclare l’enseignante, qui refuserait des « coupures aveugles » au collège, mais pas une redistribution des horaires aux élèves en grande difficulté, même si, pour l’instant, « rien de tel ne pointe à l’horizon ».
Mais le calme apparent masque une forte opposition. «Prétendre que l’on apprendra mieux en travaillant moins est un impudent mensonge dont le tour paradoxal vise à désarmer notre bon sens. Ce mensonge s’ajoute à la longue série de ceux qui ont servis depuis des décennies à justifier la dénaturation continue de l’école. Il est désolant d’avoir à rappeler une évidence : plus on consacre de temps à l’étude, mieux on apprend » s’emporte Laurent Laforgue, mathématicien, lauréat de la médaille Fields et auteur (avec Liliane Lurçat) de La Débâcle de l’école, ouvrage collectif sur la « tragédie incomprise » de l’éducation (François-Xavier de Guibert, 2007). Quid des comparaisons internationales qui, tels les tests PISA, montrent que les Français passent 150 heures de plus en classe que leurs camarades européens ? Pour le mathématicien, « Les comparaisons internationales contemporaines sont à prendre avec des pincettes puisque les systèmes éducatifs sont devenus médiocres partout : au pays des aveugles, les borgnes sont rois. Les évaluations telles que PISA ne portent que sur des formes dégradées de connaissances. S’agissant, par exemple, de la maitrise de la langue maternelle, elles ne mesurent que des « compétence de communication » très frustes et indignes d’une véritable instruction . Mieux vaudraient des comparaisons dans le temps ».
Arnaque
Mais la critique porte davantage sur la qualité que sur la quantité des heures de cours .Pour Jean-Michel Zakhatchouk, professeur de français en collège et membre des cahiers pédagogiques, « la suppression du samedi risque de profiter à ceux qui ont des loisirs intéressants. Idem pour l’accompagnement éducatif, basé sur le seul volontariat et que les élèves les plus réfractaires ne choisiront pas. Mieux vaudrait travailler sur le temps efficace en classe. Deux heures de cours d’affilée, surtout en éducation physique et sportive qui nécessite souvent une installation de matériel, c’est bien plus efficace que deux fois une heure. Et puis, ce qui fatigue les élèves, c’est l’inaction, la passivité. lorsqu’ils sont en éveil, en activité , ils oublient la longueur et le poids des heures ».Sans compter que les heures de cours ne cessent d’être occupées aux « multiples sensibilisations citoyennes, de la prévention routière à la lecture de la lettre de Guy Môquet en passant par la semaine du gout » renchérit Barbara Lefebvre. « Le temps de cours libéré va être gagné par Coca-Cola et les galeries commerciales où les élèves des classes populaires iront passer leur temps le samedi matin, regrette Fanny Capel, professeure et membre de l’association Sauvez les lettres. Ce cadeau apparent pour les enseignants et les parents est une arnaque, une opération comptable pour faire des économies de postes. C’est la politique et la pédagogie du toujours moins qui s’y exprime. »Mieux vaudrait donc organiser et rythmer autrement les heures que les supprimer .En résumé, réduire la quantité des cours, ce n’est pas forcément en augmenter la qualité.
Nicolas Truong





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